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Le twang

Le twang

Depuis quelques années le terme de twang a fait son apparition dans le chant. Dans le cadre de mes cours, il devient fréquent qu’on me demande de l’enseigner.

Mais qu’est ce que le twang? A quoi sert-il ? Pourquoi est-il aussi magique et important aux yeux des chanteurs? Et surtout, comment l’apprend-on ?

Qu’on se le dise, si le terme de twang dans le chant est plutôt récent, il existe depuis bien longtemps et a été mis en évident scientifique dans les années 1930.

Littéralement, twang se traduit par nasillard, mais nous verrons que dans le chant, nous pouvons l’utiliser sans qu’il le soit. En linguistique, il désigne une forte prononciation d’un accent régional ou d’un dialecte. On parle du « texan twang » notamment. Cet accent du sud des Etats Unis est défini « très twang » lorsqu’il est très marqué, accentué. De fait, on le retrouve dans la musique country traditionnelle ou neo-country, de Ralph Stanley à Dolly Parton. Jo Estill, fondatrice de la méthode du même nom a été la première (il me semble), à utiliser ce terme de twang pour définir ce son caractéristique: pincé, brillant et qui donne de l’éclat à la voix.

Le twang est donc un effet, un ajout. Tout le monde peut l’apprendre. Certaines personnes l’ont naturellement (ce qui, pour leur entourage peut s’avérer sur une longue conversation fatiguant à entendre). Ce qui le rend très intéressant, c’est la possibilité de le doser. Je l’imagine comme une épice ou du sel ajouté à un aliment. Mettez en beaucoup trop et ce sera immangeable. Mettez en une pincée et cela relèvera votre aliment ! Voilà la magie du twang.

L'aspect physiologique

Physiologiquement, il s’agirait d’une contraction du muscle aryténo-épiglottique qui provoque “un resserrement au sommet du larynx”. Mais plusieurs écoles existent tout le monde n’est pas d’accord.

Ça tombe bien, je pense que le twang désigne plus un résultat acoustique et on va donc trouver autant de façons de produire ce résultat qu’il existe d’individus

Et si j’apprends à une personne à faire du twang je ne suis pas certain qu’elle réalise physiologiquement ce que la théorie indique.

Le twang

...et acoustique

Sur le plan acoustique, le twang a pour effet de créer un formant.

Explications: souvenons-nous qu’un son est une vibration. Cette vibration fondamentale engendre une infinité de vibrations, qu’on appelle harmoniques. Autrement dit, en jouant ou en chantant une note, nous produisons aussi d’autres notes. Le twang renforce certaines de ces notes (ou plutôt certaines plages de notes), ces harmoniques qui se situent selon les voix entre 2000 et 4000 hertz. Cette plage de fréquences medium-aigu est appelée « formant du chanteur » (le terme « formant » désigne donc une plage ou région de forte énergie acoustique).

Notre oreille (d’auditeur) est très sensible à la plage de fréquence du twang. On peut donc dire qu’il apporte du volume et ce sans effort supplémentaire au niveau des cordes vocales. Il a été émis l’hypothèse que le twang crée une pression sus-glottique permettant un accolement supplémentaire des cordes vocales (une phase d’accolement plus longue). Mais là encore tout dépend de comment on le réalise.

Grâce à ses apports, le twang est présent ou ajouté depuis toujours aussi bien dans la voix parlée que chantée. Seul l’aspect et la compréhension physio-acoustique ont été mis en évidence et sont donc réellement nouveaux.

Il s’enseigne depuis fort longtemps, sans bien être compris.

Il est inclut dans un “bon placement de voix” (sic) pour le professeur de chant qui parle de “chanter dans le masque” ou “dans le voile du palais”. On distingue ainsi mal les causes et les conséquences de l’effet.

Dans l’art lyrique on parle de squillo, de ring en anglais et formant du chanteur en français. C’est, entre autres, lui qui va permettre au chanteur d’opéra de porter sa voix au dessus de l’orchestre, sans amplification (en fait, il n’est pas “au dessus”, il s’insère dans une plage de fréquence relativement creuse de l’orchestre).

On trouve le twang évidemment dans toutes les musiques actuelles, tous les styles, chez différents artistes, avec à chaque fois des dosages différents. Il se place dans le registre grave autant qu’aigu avec toutefois, un rôle différent.

Twang versus nasalité

Une erreur commune est de confondre twang et nasalité. Assez curieusement d’ailleurs, car la nasalité a tendance a plutôt adoucir le twang puisqu’elle filtre le son et donc absorbe l’énergie des formants.

La nasalité est liée à l’abaissement du voile du palais, donc à la résonance du son dans les cavités nasales. Je peux “twanger” (horrible anglicisme!) avec et sans nasalité puisque ces deux fonctions sont créées à deux endroits différents.

On enseigne le twang souvent de façon nasale car il est plus facile à trouver d’une part, et de l’autre il permettrait d’éviter la constriction, un resserrement du conduit aérien dû au fait que le corps interprète le twang, du fait de l’action du muscle aryténo-épiglottique comme partie de la déglutition.

Dans l’apprentissage du twang, il me paraît intéressant de se rapprocher d’un son très twangué. Comme si, pour reprendre mon parallèle avec du sel, pour savoir ce que c‘est que du sel, on en ajoutait volontairement beaucoup. Le but est d’entendre le son caractéristique, d’avoir les sensations interne.

Toutes ces sensations sont personnelles. Il vous appartient de les trouver.

Just play!

Il faut donc jouer avec ces sons, s’amuser à imiter des personnages ou animaux ou l’effet est présent. Rire comme “une sorcière qui a un plan maléfique”, miauler comme un chat, imiter un canard qui caquette, le « ouinnn » du bébé qui pleure, une enfant qui se moque etc… Beaucoup de stratégies existent pour sentir cet effet. Essayez les, enregistrez vous. Le plus important dans ce travail est de s’amuser, de se laisser aller à produire des sons parfois un peu…idiots.

D’un twang potentiellement nasal, on enlèvera alors la nasalité. Il peut s’avérer difficile alors de garder le twang. Isoler l’effet n’est pas toujours simple, mais une fois réalisé, on parle avec et sans twang. Encore une fois, amusez-vous! Enfin, chantez ces phrases là avec et sans twang! Il peut-être utile aussi d’écouter et s’amuser à chanter à la manière d’Anastacia, Rihanna ect.

Mais attention: le twang est aussi dangereux s’il est mal maitrisé. Il est important d’avoir de bonnes bases, de bons “fondamentaux” de sensations avant d’en ajouter. Un resserrement à outrance apporte de la constriction nocive: des saturations parasites dans le son. Ne pas s’en soucier vous mènera probablement au forçage vocal.

Le twang est déconseillé aux personnes à la voix fragile, sujette aux nodules, polypes etc. Comme d’habitude, ne forcez jamais! Une douleur n’est pas bon signe et il faut vous arrêter.

Voilà une première approche pour cet ingrédient fort utile. En studio ou en live, pour plus de volume ou de texture, pour nous sortir d’arrangements dans lequel notre voix est perdue, donner une couleur, de la brillance, le twang s’avère un formidable allié.

Le maîtriser et savoir bien le doser demande du temps et de l’experimentation.

Sources utilisées pour rédiger cet article:

Gillyanne Kayes et Jeremy Fisher – Vocal Process – http://www.vocalprocess.co.uk

Catherine Sadolin – Complete Vocal Institute – http://completevocalinstitute.com

Robert Sussuma

 

Olivier Régin

Olivier Régin

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