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La voix mixte

La voix mixte

Dans mon quotidien, une des raisons qui pousse les personnes à venir me voir concerne la voix mixte. La demande est claire mais lorsque je demande de définir ce qu’est la voix mixte, ça l’est beaucoup moins!

Depuis que j’étudie le chant, je constate la grande confusion qui règne au niveau de la terminologie. Ne serait-ce que les termes de voix de tête, de poitrine, modale, de gorge, de ventre, fausset, etc. Il n’est pas évident de s’y retrouver. Quant à une définition de ce qu’est la voix mixte, alors là, c’est la pagaille. On mélange tout: la physiologie, la résonance, le style musical et nos sensations. Quand différentes méthodes et approches du chant s’en mêlent, ça devient très compliqué.

Heureusement d’un point de vu physiologique, il y a des études sérieuses sur la question. La thèse sur le sujet de Sylvain Lamesh en 2006 en est un parfait exemple. 

Une première partie de mon article fera le point sur les connaissances scientifiques actuelles et une seconde portera sur le comment les différentes méthodes et approches envisagent l’étude et l’apprentissage de la voix mixte.

Ce que dit la science

Le monde scientifique s’accorde pour dire qu’il y a des mécanismes laryngés (c’est-dire une configuration particulière, caractérisée par la forme, longueur et épaisseur des cordes vocales, ainsi que par la tension musculaire mise en jeu), dont deux principaux correspondant à deux schémas vibratoires différents :

le mécanisme I (dit voix de poitrine dans le monde du chant): les cordes vocales sont épaisses et vibrent sur toute leur longueur. La masse vibrante est importante, ainsi que l’amplitude de la vibration. C’est le mécanisme courant en parole, chez l’homme et la femme, et le mécanisme principal de la production vocale chantée.

• le mécanisme II (dit voix de tête dans le monde du chant): les cordes vocales sont fines et ne vibrent plus que sur les 2/3 de leur longueur. En voix parlée, ce mécanisme peut être employé de façon occasionnelle chez l’homme ou plus fréquente chez la femme. 

mécanismes-laryngés

Entre ces deux mécanismes, dont l’un (M1) réside dans des plages de notes graves, l’autre aigu (M2), il y a une “cassure”.

Vous pouvez vous imaginer votre voix comme une boîte de vitesse de voiture. Pour passer d’une vitesse à l’autre, d’un mécanisme à l’autre, il y a nécessairement un ajustement physiologique, s’accompagnant d’une perte de contrôle momentanée de la note, résultat d’une modification brutale de la masse vibrante des cordes vocales.

Ce changement est audible, mais peut-être “caché”, notamment dans le chant classique où l’homogénéité du timbre sur l’ensemble de la voix est recherchée.

A l’inverse, d’autres styles utilisent cette cassure à des fins esthétiques comme le Yodel ou le Youtse, chants folkloriques des pays alpins germanophones, chez les Pygmées d’Afrique équatoriale et bien d’autres cultures.

La voix mixte n’est donc pas un mécanisme laryngée.

La voix mixte, ok, mais pour quoi faire?

Dans son ouvrage “Moyens d’investigation et pédagogie de la voix chantée”,  Guy Cornut pense qu’elle correspond dans la zone de recouvrement, ou zone commune des mécanismes M1 et M2, à un équilibre de tensions entre les muscles et ligaments qui caractérisent chacun un mécanisme: « Il existe ainsi une zone de transition dans laquelle, le timbre peut avoir des nuances intermédiaires »

Cet équilibre permet de conserver le résultat sonore de l’un, tout en étant dans l’autre: être en M1 tout en ayant le douceur de M2. Etre en M2 tout en ayant la vigueur de M1.

De ce fait, on parle parfois de voix mixte de poitrine ou mixte de tête…

La voix mixte? Non, LES voix mixteS!

Jusqu’ici, j’ai envie de dire que ca pourrait être simple.

Mais un son créé par un mécanisme laryngé quel qu’il soit, n’a pas de valeur sans ce qui se passe dans le conduit vocal, l’espace resonnantiel par lequel transite le son. Une guitare folk n’a pas le même son qu’une guitare classique, du fait de la différence de cordes certes, mais tout autant du manche et de la caisse de résonance.

Si on peut simplifier en définissant la voix mixte comme une base de M1 ou de M2 + des éléments resonnantiels, reste que la richesse de ces derniers rend compliqué un consensus sur à le quoi ressemble le son de la voix mixte.

Il serait donc préférable de parler des voix mixtes, chaque chanteur.euse ayant sa propre recette, chaque styles ayant ses préférences, chaque époques son lot de correspondances. Ecoutez des enregistrements de ténors comme, Domingo, Pavarotti ou Alagna, c’est différent. En musiques actuelles, des artistes de musique soul/Rn’b comme James Brown, Michael Jackson ou Bruno Mars, des artistes de Hard Rock comme Axl Rose (Guns n’ Roses) ou Robert Plant (Led Zeppelin), Pop/Rock, Sting (The Police), Freddy Mercury (Queen) et bien d’autres ont chacun une recette qui tient à leur personnalité autant qu’au style, qu’à une certaine époque. (Désolé pour le sexisme des exemples!)

Approches et méthodes

  • La méthode classique se base sur les connaissances scientifiques dans une volonté esthétique d’homogénéité de timbre et de couleur sur toute la tessiture de la voix. Il s’agit donc de gommer la “cassure” entre les deux mécanismes laryngées et trouver un équilibre sur la zone de recouvrement/passage. L’assombrissement du son, l’ajout du “formant du chanteur“, parfois de la nasalité, et d’autre stratégies de positionnement des éléments du conduit vocal et du corps, aident à cette tâche. Je rencontre des personnes formées à cette méthode qui ont soit une base de M1, soit de M2. Le plus souvent, du fait d’un travail acharnée et sans conscience, elles ne savent pas où et dans quoi elles sont. Les stratégies de maquillage sont puissamment ancrées dans leur geste vocale. Elles peinent à s’en défaire. C’est problématique dans l’idée de sortir de l’esthétique du lyrique et vouloir chanter un autre répertoire. 
  • Celles issues de la méthode “classique”, qui ont gardé la terminologie de voix mixte comme Speech Level Singing, ou celle de Richard Cross. Elles se basent sur les connaissances développées précédemment pour enseigner les voix mixtes dans un style moderne (soit à base de M1, soit de M2). Il s’agit donc encore de gommer la “cassure” entre les deux mécanismes laryngées, trouver une homogénéité. Cette approche est limitée: il appartient à l’apprenant de trouver par lui même la manière de modeler le conduit vocal/l’espace resonnantiel pour obtenir le son qu’il souhaite. Alors que nous sommes dans le monde vaste des possibilités des musiques actuelles, je pense que ces méthodes offrent peu de liberté, formatent les chanteurs, fait d’eux des clones.  Elle donne aussi une fausse impression que la voix est figée dans un état, lui enlevant sa dimension dynamique.
estill-CVT
  • Estill et les courants qu’elle a produit comme la TCM ou Vocal Process  décomposent le son en “figure” ou éléments, et en recettes, des combinaisons de figures. Il ne s’agit plus de penser M1 ou M2 + l’espace resonnantiel. Les termes de voix de tête/poitrine/mixte n’existent pas (mais sont utilisés quand même par aisance pédagogique). Il s’agit de prendre des sons “basiques”, naturels, tirés d’un répertoire émotionnel correspondant d’abord un état des cordes vocales et du conduit vocal (Sob/Cry/Speech/Belt/Falsetto). L’espace resonnantiel  est “divisé” en éléments, structures ou fonctions qu’on manoeuvre. Le résultat permet donc de se rapprocher de toute une palette de voix mixtes, dans des styles différents. Le problème est que pour moi, chaque élément qui rentre de près ou de loin dans la phonation fait partie d’un tout, connecté à un ensemble indivisible. Ne voir que la langue, la mâchoire, ou la larynx et ne « travailler » que dessus, ne fonctionne pas parce que cela ne prend pas en compte l’aspect systémique de notre corps. On créé donc une image, une représentation mentale faussée qui peut poser problème.

 

  • Complète Vocal Technique de Catherin Sadolin n’utilise pas non plus le terme de voix mixte (ni même tête ou poitrine). Elle utilise des “modes”, basés sur des principes physiologiques ET acoustiques. Il serait trop long ici de décortiquer la méthode. Pour celles et ceux qui y sont familiers, je pense que le mode Curbing doit être ce qui se rapproche le plus de  la voix mixte telle que nous l’avons défini dans cet article.

En conclusion, on remarque donc que le classique et les approches pour musiques actuelles qui s’en inspirent, ont une approche d’une recette toute faite de la voix mixte et certains courants modernes préfèrent décomposer le son, travailler sur les éléments qui le compose.

Mais ça, c’est dans la théorie. En pratique, nombreux profs certifiés dans ces méthodes enseignent de la façon classique en incorporant leur approche. 

Pourquoi?

Parce que malgré les progrès scientifiques et l’utilisation de moyens d’investigation sophistiqués, face à la complexité de la voix, il faut admettre que nos connaissances sur l’éventail de richesses et possibilités sont limités. Le territoire du conduit vocal est vaste et l’incidence qu’il a sur le larynx et ses cordes vocales rend la tâche pas facile.

De ce fait, l’enseigner au delà de ses aspects théoriques n’est pas toujours aisé. On s’en tient à ce qui marche le mieux, est le plus efficace et le plus rapide. 

Je m’interroge donc sur la limite de ces apprentissages intellectuels et académiques qui n’accordent que peu de place à l’écoute sensorielle de soi. Qu’importe le son que vous cherchez, qu’importe que vous l’appeliez voix mixte, voix de tartine ou de chaussette… il se trouve très probablement déjà dans votre voix. 

Avec une meilleur conscience, différenciation et connexion des éléments qui nous composent, il est davantage possible de se rapprocher du son que l’on cherche à reproduire.

Olivier Régin

Olivier Régin

Et vous? C'est quoi la voix mixte pour vous? Avec quelle méthode l'avez-vous ou aimeriez-vous l'apprendre ou la perfectionner?

Une réponse

  1. Merci pour cet article très instructif. j’ai appris plein de choses ! C’est bcp plus claire. Et la voix de tartine et de chaussette m’a bien fait rire

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